Le danger d’un appel au volant ne se résume pas au téléphone que l’on tient dans la main. Une conversation peut mobiliser l’attention alors même que le conducteur regarde toujours devant lui. Une expérience réalisée en 2026 auprès de 26 automobilistes permet d’observer ce phénomène : avec ou sans conversation, les participants consacrent pratiquement autant de temps à regarder la route, mais leurs réactions et plusieurs comportements de conduite changent nettement.
Plutôt que de mesurer uniquement les mouvements des yeux, l’expérience a enregistré le temps de réaction, les excès de vitesse, les freinages, les erreurs d’itinéraire ou encore les accidents survenus dans un simulateur. Cette approche met en évidence une distraction moins évidente que le simple fait de détourner le regard : la distraction cognitive.
Dans cette expérience sur simulateur, discuter au téléphone n’empêche pas les conducteurs de continuer à regarder globalement la route. Pourtant, leur temps de réaction augmente de 14 %. Les chercheurs observent également 17 % de distractions supplémentaires, 20 % d’excès de vitesse supplémentaires et 24 % de freinages brutaux supplémentaires. Le nombre moyen d’accidents relevés est aussi plus élevé pendant la conversation.
- Le véritable problème du téléphone au volant est-il invisible ?
- Que se passe-t-il quand le conducteur doit réagir ?
- Vitesse, freinage, GPS : les conséquences mesurées
- Que révèle le comportement des yeux ?
- La route empruntée change-t-elle les résultats ?
- Dans quelles conditions l’expérience a-t-elle été menée ?
- Ce que ces chiffres permettent vraiment de conclure
- Questions fréquentes
Le véritable problème du téléphone au volant est-il invisible ?
Lorsqu’on pense à la distraction au volant, l’image qui vient immédiatement à l’esprit est celle d’un automobiliste qui quitte la chaussée des yeux pour regarder son téléphone. L’expérience menée par OpinionWay pour Assurance Prévention montre pourtant qu’une autre forme de distraction peut intervenir sans modification spectaculaire de la direction du regard.
Lorsque les participants conduisent sans conversation, ils consacrent 81,8 % de leur temps à la route en additionnant la vision vers l’avant et les contrôles des rétroviseurs. Lorsqu’ils discutent au téléphone, cette proportion atteint 82,4 %. :contentReference[oaicite:0]{index=0}
À première vue, rien ne permet donc d’affirmer que le conducteur regarde moins son environnement.
En se concentrant uniquement sur la vision vers l’avant, une légère diminution apparaît : 75,3 % du temps sans conversation contre 73,8 % pendant la conversation. L’écart reste toutefois limité au regard des différences constatées sur d’autres indicateurs. :contentReference[oaicite:1]{index=1}
Le paradoxe observé : les participants continuent globalement à regarder là où ils doivent regarder, mais cela ne signifie pas que leur cerveau consacre les mêmes ressources à l’analyse de la circulation.
Le rapport insiste justement sur cette distinction. Une partie de l’attention peut être consacrée à comprendre l’interlocuteur, préparer une réponse et maintenir la conversation. Le conducteur conserve alors certains automatismes visuels sans nécessairement traiter avec la même efficacité toutes les informations qui apparaissent devant lui. :contentReference[oaicite:2]{index=2}
C’est ce mécanisme qui rend la distraction cognitive particulièrement difficile à percevoir : le conducteur peut avoir le sentiment de ne pas être distrait puisqu’il n’a pas cessé de regarder la route.
Que se passe-t-il quand le conducteur doit réagir ?
Pour dépasser la simple observation du regard, les participants ont été soumis à un test demandant d’effectuer certaines actions de conduite de manière aléatoire.
Sans conversation téléphonique, le délai moyen nécessaire pour réagir était de 0,97 seconde. Pendant une conversation, il atteignait 1,11 seconde. L’écart représente une augmentation de 14 %. :contentReference[oaicite:3]{index=3}
+14 %
C’est l’augmentation du temps de réaction moyen mesurée pendant la conversation téléphonique : 1,11 seconde contre 0,97 seconde sans conversation.
Cette donnée apporte un éclairage différent de celui fourni par l’eye tracking. Les yeux restent en grande partie dirigés vers la circulation, mais la réponse du conducteur devient plus lente lorsqu’une autre tâche cognitive occupe simultanément son attention.
L’expérience ne permet pas de traduire directement ces 0,14 seconde supplémentaires en une distance de freinage universelle. La vitesse, l’état de la chaussée, le véhicule et de nombreux autres paramètres influencent la distance nécessaire pour s’arrêter. Le résultat montre en revanche une différence mesurable entre les deux conditions expérimentales.
Vitesse, freinage, GPS : les conséquences mesurées
Le ralentissement du temps de réaction n’est pas un résultat isolé. Le simulateur a enregistré automatiquement plusieurs comportements pendant les deux parcours. La plupart deviennent plus fréquents lorsque le conducteur est en conversation.
| Mesure | Conduite seule | Avec conversation | Écart observé |
|---|---|---|---|
| Temps de réaction | 0,97 s | 1,11 s | +14 % |
| Distractions comptabilisées | 871 | 1 020 | +17 % |
| Excès de vitesse moyens | 3,7 | 4,4 | +20 % |
| Freinages brutaux moyens | 4,77 | 5,92 | +24 % |
| Erreurs GPS moyennes | 0,19 | 0,35 | +84 % |
| Flashs radar moyens | 0,15 | 0,31 | +107 % |
| Accidents moyens | 0,15 | 0,46 | +206 % |
La maîtrise de la vitesse semble davantage sollicitée
Les participants commettent en moyenne 3,7 excès de vitesse lorsqu’ils ne discutent pas au téléphone et 4,4 lorsqu’ils sont en conversation. Cela correspond à une hausse de 20 %. :contentReference[oaicite:4]{index=4}
Le parcours comprenait également trois contrôles radar. Le nombre moyen de flashs enregistrés passe de 0,15 à 0,31 entre les deux situations, soit une augmentation de 107 %. :contentReference[oaicite:5]{index=5}
Un autre élément peut être rapproché de ces résultats : les conducteurs consultent moins longtemps leur compteur lorsqu’ils discutent. Le temps cumulé consacré au compteur passe de 4 minutes 10 secondes à 3 minutes 40 secondes. :contentReference[oaicite:6]{index=6}
Davantage de freinages brutaux
La conversation est également associée à une augmentation du nombre de freinages importants. Leur moyenne passe de 4,77 à 5,92 par participant, soit 24 % de plus. :contentReference[oaicite:7]{index=7}
Le protocole ne permet pas d’affirmer que chaque freinage brutal est provoqué directement par un moment d’inattention. La différence s’ajoute néanmoins aux autres variations observées pendant la même condition expérimentale.
L’itinéraire est moins bien suivi
La capacité à suivre les indications du GPS semble elle aussi affectée. Le nombre moyen d’erreurs passe de 0,19 à 0,35, ce qui représente une hausse de 84 %.
Se tromper de direction n’est évidemment pas équivalent à provoquer un accident. Le rapport relève cependant qu’une erreur d’itinéraire peut devenir problématique lorsqu’un conducteur cherche ensuite à la corriger par une manœuvre inadaptée. :contentReference[oaicite:8]{index=8}
Que penser des 206 % d’accidents supplémentaires ?
Parmi toutes les données recueillies, celle concernant les accidents est la plus spectaculaire. Le nombre moyen relevé passe de 0,15 par participant pendant la conduite sans conversation à 0,46 pendant la conduite avec conversation. :contentReference[oaicite:9]{index=9}
0,15 → 0,46
Le nombre moyen d’accidents enregistrés par participant est environ trois fois supérieur pendant le parcours avec conversation. Le rapport exprime l’écart par une hausse de 206 %.
Ce résultat mérite toutefois une lecture prudente. Il ne permet pas d’affirmer qu’un automobiliste qui téléphone multiplie automatiquement par trois son risque d’accident. La valeur provient d’une expérience menée avec 26 personnes sur un simulateur et décrit uniquement la différence constatée entre les deux parcours.
Un résultat qui ne suit pas la tendance générale
La distance de sécurité apporte un contrepoint intéressant. Les participants parcourent au total 4 km 265 m avec une distance jugée insuffisante lorsqu’ils conduisent sans conversation, contre 4 km 749 m pendant la conversation.
Le rapport considère ces résultats comme similaires et ne retient pas de dégradation sur cet indicateur. :contentReference[oaicite:10]{index=10}
La conversation ne modifie donc pas tous les aspects de la conduite de la même manière.
Que révèle le comportement des yeux ?
Le suivi oculaire apporte une autre information intéressante : les participants clignent nettement plus souvent des yeux lorsqu’ils sont en conversation.
Sur l’ensemble de l’expérience, 295 clignements sont enregistrés sans conversation contre 463 avec conversation. La différence atteint 57 %. :contentReference[oaicite:11]{index=11}
295 → 463
Le nombre de clignements des yeux augmente de 57 % entre le parcours sans conversation et celui réalisé en discutant au téléphone.
L’écart devient encore plus important lorsque les chercheurs isolent les situations dangereuses rencontrées pendant le parcours. Ils comptabilisent 50 clignements sans conversation contre 93 avec conversation, soit une augmentation de 84 %. :contentReference[oaicite:12]{index=12}
Les auteurs associent l’augmentation globale des clignements à une baisse de la vigilance et de la concentration. Cette donnée doit néanmoins être interprétée comme l’un des indicateurs suivis dans l’expérience, et non comme la preuve qu’un clignement particulier correspond nécessairement à un épisode de distraction.
La route empruntée change-t-elle les résultats ?
L’expérience ne se déroulait pas sur un environnement routier unique. Le parcours comportait successivement une partie urbaine, une route départementale et une autoroute. Les différences entre les deux conditions ne sont pas identiques sur ces trois portions.
En ville, peu de changements dans les distractions
En zone urbaine, le temps d’attention à la route atteint 70 % sans conversation et 71,4 % avec conversation. Le nombre de distractions passe même de 60 à 56.
Les clignements des yeux suivent en revanche la tendance générale de l’étude : ils passent de 18 à 24, soit +33 %. :contentReference[oaicite:13]{index=13}
Sur départementale, deux indicateurs progressent
Sur la portion départementale, l’attention visuelle à la route reste pratiquement inchangée : 80,2 % sans conversation contre 81,3 % avec conversation.
Les clignements augmentent toutefois de 48 %, passant de 198 à 294. Les distractions passent quant à elles de 588 à 660, soit 12 % supplémentaires. :contentReference[oaicite:14]{index=14}
Sur autoroute, les écarts sont plus prononcés sur certains critères
Le temps global d’attention à la route reste encore relativement stable sur autoroute : 85 % sans conversation et 84 % avec conversation.
Mais le nombre de clignements passe de 77 à 127 (+65 %) et celui des distractions de 220 à 278 (+26 %). La part du temps consacrée à regarder directement devant soi diminue également de 77 % à 74,5 %. :contentReference[oaicite:15]{index=15}
Il ne faut pas en déduire que l’autoroute est nécessairement l’environnement où téléphoner est le plus dangereux. Ces données décrivent les différences enregistrées sur les différentes portions d’un parcours expérimental. L’effectif de l’étude ne permet pas d’établir un classement général du risque selon le type de route.
Dans quelles conditions l’expérience a-t-elle été menée ?
L’étude a été réalisée en mai 2026 auprès de 26 conducteurs âgés de 21 à 59 ans. Les participants possédaient le permis B et utilisaient leur voiture quotidiennement ou chaque semaine. :contentReference[oaicite:16]{index=16}
Chacun devait parcourir 37 kilomètres sur simulateur. Le scénario reproduisait un départ en vacances avec 3 km en ville, 17 km sur une route départementale et 17 km sur autoroute.
Le même conducteur réalisait deux parcours. Le premier se déroulait sans conversation téléphonique. Pendant le second, il devait maintenir une conversation quasi continue avec une intelligence artificielle. :contentReference[oaicite:17]{index=17}
Les chercheurs ont intégré différentes situations destinées à solliciter l’attention : intersections, limitations de vitesse, radars, véhicules arrêtés, motos, circulation dense ou encore changements de file.
Au total, le dispositif représente plus de 1 924 kilomètres analysés et 26 heures de conduite. :contentReference[oaicite:18]{index=18}
Des yeux jusqu’aux erreurs de conduite
Le simulateur utilisait trois écrans de 55 pouces et un système Tobii d’eye tracking. Celui-ci enregistrait notamment les zones regardées ainsi que les fermetures des yeux.
Le dispositif recueillait parallèlement des informations sur les accidents, les infractions, les distances de sécurité, les changements de file, les erreurs d’itinéraire et différents événements rencontrés pendant la conduite. :contentReference[oaicite:19]{index=19}
OpinionWay a assuré le recrutement et l’analyse des résultats avec Develter Innovation. Ce dernier était notamment chargé du scénario expérimental et des simulateurs. :contentReference[oaicite:20]{index=20}
Ce que ces chiffres permettent vraiment de conclure
Pris ensemble, les résultats dessinent un constat cohérent : une conversation peut mobiliser suffisamment l’attention pour modifier certaines performances de conduite sans que le conducteur cesse pour autant de regarder la route.
C’est probablement le point le plus intéressant de l’expérience. La distraction ne se manifeste pas uniquement par un regard détourné. Elle peut également apparaître dans la manière dont une information est traitée et dans la rapidité avec laquelle le conducteur y répond.
Il serait cependant excessif d’appliquer directement les pourcentages observés à tous les automobilistes.
- 26 personnes seulement ont participé : l’échantillon reste limité pour généraliser précisément les pourcentages à l’ensemble des conducteurs.
- La conduite était simulée : le protocole reproduit des situations routières, mais sans les conséquences physiques d’un véritable accident.
- La conversation était particulière : les participants discutaient de manière quasi continue avec une intelligence artificielle.
- Les écarts présentés sont descriptifs : le rapport fourni ne présente pas de valeurs p ni d’intervalles de confiance permettant d’évaluer statistiquement chaque différence mise en avant.
Il faut donc distinguer deux affirmations. L’étude permet de dire que plusieurs indicateurs se sont dégradés dans le groupe étudié pendant la conversation téléphonique. Elle ne permet pas d’affirmer qu’un appel produit exactement la même augmentation du risque chez tous les conducteurs et dans toutes les situations.
Questions fréquentes
Pourquoi le téléphone peut-il distraire même si le conducteur ne regarde pas l’écran ?
Parce qu’une partie de l’attention est nécessaire pour écouter, comprendre et répondre à l’interlocuteur. Dans l’expérience, les conducteurs continuent globalement à regarder la route pendant la conversation, mais leur temps de réaction augmente et plusieurs erreurs deviennent plus fréquentes.
Les conducteurs regardent-ils moins la route lorsqu’ils téléphonent ?
Pas globalement dans cette étude. Le temps consacré à la route et aux rétroviseurs atteint 81,8 % sans conversation et 82,4 % avec conversation. En revanche, le temps passé à regarder directement devant soi diminue légèrement, de 75,3 % à 73,8 %. :contentReference[oaicite:21]{index=21}
Une conversation ralentit-elle les réflexes au volant ?
Dans cette expérience, oui. Le temps de réaction moyen des participants passe de 0,97 seconde à 1,11 seconde lorsqu’ils conduisent en conversation, ce qui correspond à une augmentation de 14 %. :contentReference[oaicite:22]{index=22}
Quels changements de conduite ont été observés ?
Le rapport relève notamment une augmentation des distractions de 17 %, des excès de vitesse de 20 %, des freinages brutaux de 24 % et des erreurs de suivi GPS de 84 %. Les flashs radar et le nombre d’accidents enregistrés dans le simulateur sont également plus nombreux pendant la conversation. :contentReference[oaicite:23]{index=23}
Peut-on dire que téléphoner triple le risque d’accident ?
Non. Le nombre moyen d’accidents est environ trois fois supérieur dans la condition avec conversation de cette expérience, passant de 0,15 à 0,46 par participant. Ce résultat obtenu auprès de 26 personnes sur simulateur ne permet pas d’affirmer que le risque réel de chaque automobiliste est multiplié par trois. :contentReference[oaicite:24]{index=24}
Une distraction qui ne se voit pas forcément
Le principal enseignement de l’expérience n’est finalement pas que les conducteurs cessent de regarder la route lorsqu’ils parlent au téléphone. C’est précisément l’inverse qui rend les résultats intéressants : ils continuent largement à la regarder.
Dans le même temps, leur réaction moyenne ralentit de 14 %, les distractions progressent de 17 %, les excès de vitesse de 20 %, les freinages brutaux de 24 % et les erreurs GPS de 84 %. Le simulateur enregistre également davantage d’accidents pendant la conversation. :contentReference[oaicite:25]{index=25}
Cette expérience illustre ainsi une dimension moins visible de la distraction au volant : on peut regarder dans la bonne direction tout en consacrant une partie de son attention à autre chose que la conduite.
À propos de l’étude
L’étude intitulée « Quel est l’impact d’une conversation téléphonique sur la vigilance au volant ? » a été réalisée en 2026 par OpinionWay pour Assurance Prévention, avec Develter Innovation pour le dispositif expérimental. :contentReference[oaicite:26]{index=26}
Elle repose sur une expérience comparative menée auprès de 26 conducteurs âgés de 21 à 59 ans. Chaque participant a effectué un parcours sur simulateur sans conversation puis un parcours avec une conversation quasi continue avec une intelligence artificielle. Les mesures ont été réalisées en mai 2026 et représentent plus de 1 924 kilomètres de conduite analysés. :contentReference[oaicite:27]{index=27}
Le rapport a été publié en juin 2026. Aucun DOI ni auteur scientifique individuel n’est indiqué dans le document fourni.